Cinéma Japonais

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Cinéma Japonais

Messagepar Kenji Shinoda » 22 Jan 2019 02:17

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Une Affaire de Famille
万引き家族, Manbiki Kazoku, litt. « La famille des vols à l'étalage »
de Hirokazu Kore-eda



Il y a voilà un long moment que je suis allé voir ce film depuis sa sortie en France, largement assez pour s'être suffisamment décanté dans mon esprit.
J'ai beaucoup aimé le ton utilisé pour aborder le sujet du film et notamment cette sensation paradoxale qui se dégage de cette famille, entre détachement apparent et situation à l'équilibre précaire, qui peut basculer à tout moment : un décalage subtil et réussi qui donne force à la narration.
Mais ce qui m'a véritablement plu tout du long, ce sont ces questionnements intérieurs que le film a suscité en moi: chaque décision que prenait un membre pour maintenir la barque familiale à flot questionnait mes principes en rendant ambiguë la frontière entre le bien et le mal, et en m'interrogeant plutôt sur la légitimité des choix face aux situations extraordinaires, abandonnant au passage définitivement la question de la légalité !
Un inconfort émotionnel et moral donc mais néanmoins bienfaiteur auquel viennent se mêler des moments de douceurs et d'affection égayant au quotidien l'incessante débrouillardise.
Une Affaire de Famille vient donc s'ajouter à ce pan de la filmographie du réalisateur Hirokazu Kore-Eda que je vois comme une étude sur le thème de la famille avec comme problématique en fil rouge cette question :  « qu'est-ce qui fait la famille ? », ou encore « dans quelle mesure une famille composée peut-elle se substituer à une famille de sang ?» où chaque film apporte une piste de réflexion, avec sa propre variation (cf. Tel père, tel fils ; Après la tempête ; Notre petite sœur ; I Wish)

Bref, un très bon film.

En rédigeant ces lignes j'ai appris deux choses autour de ce film :
-
Spoiler sur l'écho qu'a eu ce film auprès du gouvernement japonais :
En général, le gouvernement japonais s'empresse de féliciter les ressortissants nippons qui obtiennent un prix Nobel, gagnent une compétition sportive ou sont récompensés d'une quelconque façon à l'étranger. Mais, dimanche, pas un commentaire du porte-parole du gouvernement, du Premier ministre ou de l'un de ses collaborateurs pour saluer la Palme d'or remportée par le réalisateur nippon Hirokazu Kore-eda à Cannes. Lundi, du bout des lèvres, et en réponse à une question posée en conférence de presse, le porte-parole du gouvernement s'est contenté de lire un mémo félicitant "du fond du coeur M. Kore-eda".
[…]
Ce n'est pas Kore-eda qui se plaindra que le Premier ministre et ses proches l'ignorent, bien au contraire. En effet, le réalisateur de nombreuses chroniques familiales déchirantes n'est pas un fan de Shinzo Abe ni de sa politique. Et le film primé, Manbiki kazoku (littéralement, La famille des vols à l'étalage), inspiré d'un fait divers, dénonce les effets néfastes de la division de la société japonaise, une situation que Kore-eda attribue en partie à la politique menée par le gouvernement Abe.

« Au lieu d'aider les pauvres, le gouvernement en fait des perdants, et la pauvreté est traitée comme un problème relevant de la responsabilité personnelle », déclarait-il récemment à propos de ce film au journal sud-coréen Chuo Nippo. Dans le même entretien, il revient en outre sur les querelles historiques que le Japon ne parvient pas à solder avec les pays voisins, en déplorant le fait que, depuis 1955, à deux brefs interludes près, ce soit la même formation de droite, le Parti libéral-démocrate (PLD) actuellement présidé par M. Abe, qui dirige le pays. « Nous avons perdu beaucoup de nos espoirs », dit-il.

Ce n'est pas la première fois que Kore-eda critique ouvertement le gouvernement. Il a plusieurs fois pesté contre la politique culturelle, notamment pour le cinéma. Selon lui, cette politique, qui devrait aider le secteur à ne plus dépendre autant des sponsors (en créant par exemple des mécanismes d'aide comme en France ou en Corée du Sud), privilégie l'octroi de subventions à des films qui font la promotion du Japon. Kore-eda avait, entre autres, jugé déplacé le fait que M. Abe vienne inaugurer le Festival du film de Tokyo, avec, selon lui, des arrière-pensées. « Malheureusement, le Festival du film de Tokyo est un lieu de vente des films du Japon. C'est exactement comme les Jeux olympiques, un outil au service de la politique nationale. Ce n'est pas au bénéfice du sport ou du cinéma, mais d'abord au bénéfice du Japon », regrettait-il dans un entretien accordé en septembre 2016 au magazine Forbes Japon.

Karyn Nishimura-Poupée, Cannes : cette Palme d'or qui embarrasse Tokyo, publié le 20/05/2018 | Le Point.fr
- la mort de l'actrice fétiche du réalisateur, Kirin Kiki (樹木 希林) (la grand-mère dans le film) en septembre 2018 et que j'avais découvert en salle dans l'excellent et poétique Les Délices de Tokyo (de Naomi Kawase)
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