Synopsis
À la suite d'un accident de la circulation, un trentenaire pervers qui vivait en reclus de la société japonaise se réincarne dans le petit Rudeus Greyrat, bébé de Paul, un noble épéiste, et Zénith, une guérisseuse. Dans ce monde familier mais exotique qui lui rappelle l'Europe médiévale, le nouveau jeune Rudeus découvre que non seulement la magie existe réellement, mais qu'il est né avec un très fort potentiel. Par exemple, il peut lancer des sorts sans incantation et parvient à lancer son premier sort de niveau intermédiaire dès l'âge de 3 ans. Quand sa famille découvre les compétences hors normes de Rudeus, elle engage rapidement une jeune sorcière, Foxy Migurdia, qui lui enseigne tout ce qu'elle sait et finit par l'aider à s'ouvrir au monde. Notre pervers misanthrope se promet alors que désormais, il fera tout son possible pour réussir là où il a échoué dans sa précédente existence...
-Chloros-
Critique de la première partie
Corriger les erreurs du passé ! Quand le héros est un "sympathique" connard !
Websérie littéraire japonaise écrite par Rifujin na Magonote sur le site de publication de romans Shousetsuka ni narō entre novembre 2012 et avril 2015 puis adaptée en roman et en manga, l'œuvre est reconnue comme le précurseur des romans du genre "isekai" avec un protagoniste utilisant à la fois la magie du nouveau monde et les connaissances du monde moderne de sa précédente vie.
On trouve donc la fameuse marque de fabrique : un certain "M. Toutlemonde", effacé dans la vie réelle, amateur de gros lolos, devient une sorte de "Dieu sauveur" dans sa nouvelle vie. Le traitement des auteurs diffère quant au caractère alloué au héros : de connard parfaitement assumé (The RIsing of The Shield Hero, l'animé faisant comme si c'était un comportement normal), au seigneur stupide entouré de son harem (How Not to Summon a Demon Lord) ou foncièrement bon et gaffeur qui essaie juste de construire sa place dans ce nouveau monde (Moi, quand je me réincarne en Slime).
Étant l'aîné de la famille des isekaï, Mushoku Tensei: Jobless Reincarnation en possède les qualités mais aussi les défauts les plus cinglants au point de loin de faire l'unanimité.
Jouons cartes sur table, comme on l'a dit plus haut, le héros est un pervers qui a parfaitement conscience de son comportement déviant.
Autant dans The RIsing of The Shield Hero la psychopathie du héros n'est jamais remise en question, autant dans Mushoku Tensei: Jobless Reincarnation sa perversité effraie ou entraîne - à juste titre - une tarte dans la poire.
On vous voit venir : vous vous dites que c'est encore un animé à petites culottes ou à poitrines. On ne va pas pour mentir en rétorquant qu'il y en a pas mais, par chance, tous les épisodes ne tournent pas heureusement et uniquement qu'autour du cul. L'aspect "découverte" est principalement de mise !
Du hikikomori de 35 ans faisons table rase, il retourne au stade de bébé pour vivre une vie différente et remplie d'aventures ! Le type avant sa mort est un enfant dans un corps d'adulte, vivant reclus chez lui à jouer à des jeux de drague et regarder des sites obscènes depuis son adolescence. De surcroît apathique, sans expérience et totalement irresponsable. S'il est déviant, au point d'érotiser toutes les filles qu'il rencontre (fillettes comme femmes d'âge mûr), c'est en raison du fait que le type n'a jamais véritablement eu de modèle ou quelqu'un pour se construire. Avec cette inversion symbolique, c'est une sorte de redémarrage de ce qui a échoué dans sa première vie. Il a une famille (loin d'être idéale mais on en reparlera plus tard), se trouve une première véritable amie d'enfance (Sylphie), une préceptrice (Roxy) qui ressemble davantage à la grande sœur protectrice qu'il n'a jamais eu. Même une fois partie, celle-ci gardera toujours un échange épistolaire ! Au contact de ces dernières, notre héros va progressivement changer sa manière de vivre et de voir le monde.
Du connard qui n'en a rien faire de rien (n'assistant même pas aux funérailles de ses propres parents et trouvant la mort après sa seule bonne action de son existence), il devient un garçon studieux qui s'ouvre progressivement aux autres dès lors qu'il trouve quelqu'un à protéger (la timide Sylphie) ou la volcanique tsundere Eris (son élève). Formule certes classique mais efficace !
Étant totalement inapte à la vie en société et aux relations sociales, il y a donc une véritable évolution du personnage, d'un point de vue du corps comme de l'esprit.
Cela dit, on ne peut pas guérir de faïences affectives et de séquelles du jour au lendemain. Ceci donne lieu à certains passages plutôt malaisants.
La série animée s'adresse à un public averti. Loin d'être un "hentaï", on suit un protagoniste qui est moralement ambigu et on se sent parfois coupable de le trouver sympathique. On aime le voir évoluer de bébé à enfant, profitant parfois de ce statut pour laisser libre cours à sa libido. Faut dire que la famille, dans laquelle il est tombée, est loin d'être chaste !
Le père Paul saute sur tout ce qui bouge, c'est la caricature du guerrier faisant parler plus ses muscles et son mokkori que son cerveau, tandis que la mère Zenith est une nymphomane à gros mamelons et paradoxalement seule parent à peu près viable pour le jeune Rudeus !
On apprécie le voir découvrir la magie (et la maîtriser), faire des comparaisons avec notre monde, voire même se remettre d'un trauma lié au harcèlement scolaire qu'il avait vécu dans son ancienne vie. Et de l'autre, on est écœuré par sa perversité et son cynisme surtout qu'il SAIT pertinemment que ses penchants sont mauvais.
Lors de l'un de ses nombreux monologues, il évoque l'idée d'attendre pour toucher Sylphie, la jeune et frêle elfette dont il tombe amoureux, et la transformer en ce "qu'il veut" une fois adulte !
Or, le pire vient à l'épisode 6 où le jeune garçon - qui on le rappelle a un esprit d'un trentenaire - pelote une jeune princesse endormie de 12 ans au sale caractère en y prenant manifestement du plaisir bien que je le cite "son corps ne soit pas encore bien formé".
Il se prend bien entendu une râclée méritée mais son comportement plus que déviant n'est pas condamné, au contraire la colère de la jeune fille est traité, comme c'est souvent le cas pour ce qui est du harcèlement sexuel dans les mangas (City Hunter), sous le prisme de l'humour.
Si vous faites abstraction de ces deux scènes, il faut vous dire que le pire est passé car ces moments-là sont très rares.
Le héros aura de moins en moins tendance à vouloir faire pécho à mesure que l'intrigue avance et s'assombrit tout aussi brusquement.
Après, dites-vous que c'est le premier "isekai" donc cet aspect harem et pervers est présent dans la quasi-totalité de ce genre d'œuvres.
L'anime se divise en effet en deux grands segments : le premier (de l'épisode 1 à 7) est plus axé sur l'aspect "Découverte / Tranche de vie") alors que le second (8 à 11) met davantage l'accent sur l'aventure.
La transition entre les deux est brutale, pour autant elles sont liées par un seul fil rouge : la "rédemption".
Pourquoi des guillemets ? Si on a affirmé plus haut que l'anti-héros cherche à devenir un homme meilleur, le changement n'est pas immédiat et il cède souvent à la facilité et à ses penchants lubriques.
Au début, Rudeus cherche à concrétiser ses arrière-pensées licencieuses en profitant de son nouvel aspect infantile.
Néanmoins les conséquences désastreuses du comportement volage de son père (on s'amusera de voir jouer le rôle de moralisateur dans un but à la base bien égoïste) et surtout la discrimination prégnante envers la race des démons (lui rappelant son harcèlement dont il a été victime dans son ancienne vie) vont l'inciter à changer. C'est là où on apprécie les personnages telle que Sylphie (une enfant terrorisée victime de ce genre de racisme et première véritable amie du héros qui reprend goût à la vie grâce à son apprentissage commun à la magie). Bien que peu présente, à mon grand regret, elle n'est jamais oubliée. Le héros ira même jusqu'à aller chercher un travail et devoir à contrecœur s'éloigner d'elle pour financer leurs études à tous les deux de magie dans une prestigieuse académie.
Dans ce premier segment, c'est vraiment l'aspect "découverte" qui prime et offre de superbes paysages extrêmement variés. L'animation globale est d'une fluidité et d'un niveau de détail sans nom, offrant de véritables diamants pour les pupilles. La direction artistique est impeccable. Ça n'est pas pour rien que c'est l'un des animés sur lequel Wakanim a le plus misé de la saison hivernale 2021. C'est beau, c'est bien fichu et on savoure cette très chouette initiative de mettre en parallèle la musique du générique et les années qui défilent.
On regrettera juste une petite baisse de rythme une fois notre héros installé au manoir de ces riches cousins et devenu précepteur de l'insupportable et irascible Eris qui s'adoucira très relativement à son contact.
De même, l'auteur amorce des pistes (la lutte de pouvoir au sein de la famille noble) mais soit il les exploite mal soit il les ferme trop brusquement. On pourrait à la limite encore découper cette partie de la manière suivante :
L'arc "Roxy" (épisodes 1 à 2 : apprentissage de la magie), puis vient celui de "Sylphie" (eps 3 à 4) et celui de "Eris" (eps 5 à 7).
Après cette longue introduction, non dénuée d'intérêt bien que tournant un peu en rond avec l'arc "Eris", tout bascule dès l'épisode 8 de manière abrupte (genre "cataclysme magique" qui sépare la famille, apparition d'un dieu énigmatique Homodeus (aidant le héros en apparence mais au comportement trouble), évocation d'un autre purement maléfique (Laplace) et d'une milice héroïque qui va prendre pour cible Rudeus.
A partir de là, fini la tranche de vie au calme (pas au point non plus où il ne se passe strictement rien, oui la punchline est gratuite et ça fait plaisir). Le héros est, à ce moment-là, sur la corde raide car dès qu'il commet une erreur, les conséquences sont tragiques. On bascule ici dans le monde des démons où la pitié, l'empathie sont pratiquement inexistantes et où la tension est permanente.
Celui qui illustre le plus cet état de fait est sans nul doute Ruijerd, un Speld (un démon aux cheveux verts possédant trois yeux) victime lui-aussi de discrimination et issu d'un peuple maudit massacreur et massacré. Cherchant à rétablir l'honneur des siens, ce dernier sert de guide et de protecteur pour les héros sans pour autant réfréner ses pulsions meurtrières, horrifiant même le protagoniste principal. Porteur du fatum, Le personnage devient plus nuancé au fil de ses aventures avec Rudeus et Eris.
Il est dommageable qu'on attende la fin de cette première partie de la série animée pour qu'elle décolle véritablement mais cela a le mérite de conclure sur un cliffhanger efficace !
En conclusion : Mushoku Tensei: Jobless Reincarnation est un animé dérangeant (déconseillé aux moins de 12 ans) mais pas complètement malsain. Si les personnages manquent de maturité et sont stéréotypés (du moins au début), ils évoluent à mesure que l'histoire devient plus structurée et élaborée. On comprend aisément que plusieurs personnes aient tourné de l'œil à cause de la perversité du héros mais il n'est pas mal écrit pour autant.
Nous suivons les aventures d'un sale môme (au sens propre comme au figuré) qui peu à peu va chercher à protéger sa nouvelle famille et se construire une conscience. Une première partie qui fait office de mise en bouche plutôt efficace si on fait abstraction de ces quelques facilités scénaristiques et de l'aspect "ecchi" prononcé ! Ne vous arrêtez pas à l'épisode 1 (qui m'a initialement refroidi), la suite s'améliore et vaut le détour.
Cerise sur le gâteau : la V.F. est excellente (si vous n'êtes pas fans des sous-titres) !
-Bubu-
PS : La seconde partie débarque cet été !